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Route meurtrière à Pailles - Des rescapés de l’autobus de la mort : «Nou ti pe dir sofer la pa al vit»

L’impact a été d’une rare violence. Une photo qui donne froid dans le dos.
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Premières indications de l’enquête : défaillance au niveau des freins

Scène de désolation sur l’autoroute M1 à Pailles. Le pays s’est réveillé en émoi le jeudi 5 novembre. Vers 6 h 50, l’autobus de Kushal Travel Tours est bondé de passagers. Au total, 64 ouvriers bangladais, employés de la société Hyvec Partners Ltd, qui avaient quitté leur dortoir à Trianon, se rendaient sur un chantier de construction à Pailles. Mais arrivé à hauteur de Mauvilac à Pailles, c’est le drame. Les freins du véhicule ne répondent plus. Le chauffeur, Nishal Goorapah, âgé de 40 ans, n’arrive pas à négocier un tournant qui mène vers Pailles. L’autobus termine sa course dans un abribus quelques mètres plus loin. 

C’est l’hécatombe sur l’autoroute. L’avant de l’autobus est réduit à un amas de ferraille. L’abribus a subi des dégâts majeurs. Le bilan de cette violente collision fait froid aux yeux. Quatre travailleurs bangladais sont tués sur le coup : Faruk Islam, 38 ans, Sonchoy Das, 23 ans, Addur Razzack, 32 ans et Rakib Molla, 27 ans. Plusieurs blessés sont recensés. 

« Ti ena dimounn lor bistop enn sans zot inn resi sove », dit un policier

Policiers, sapeurs-pompiers venant des casernes de Port-Louis et de Quatre Bornes, ambulanciers et des volontaires se précipitent sur les lieux du drame. L’impact de l’accident est d’une rare violence. Les structures en fer ont transpercé le pare-brise avant, percutant les passagers. Cet accident provoque un embouteillage monstre à cette heure pointe. Les premiers témoignages des rescapés remettent en cause la vitesse et une défaillance du système de freinage. Il en est de même pour l’enquête policière. 

« Sofer ti pe krye frin inn perse », relate un des passagers. Il poursuit : « Il y avait une dizaine de personnes près de la cabine du chauffeur. Lorsque les freins ont lâché dans le virage, avant l’abribus, nous étions debout », soutient un des ouvriers. « Le chauffeur roulait très vite avant que les freins ne lâchent », lance un autre passager. Ils étaient plusieurs dans l’autobus à supplier le chauffeur de ralentir le vehicule, mais sans succès.

Les pompiers interviennent pour extirper les occupants de l’autobus. Les opérations pour procéder à l’évacuation des blessés démarrent. Ils sont tous transférés vers l’hôpital Dr A. G. Jeetoo où un protocole de « Mass Casualties » est déclenché. Plus d’une cinquantaine de rescapés bangladais sont conduits à l’hôpital. Certains avaient un bras, une main ou encore une jambe plâtrée, tandis que d’autres portaient des blessures au visage ou sur le corps.

« Sofer la ti pe al enn vites exazere »

L’un des passagers, portant un bandage à la tête, est sous le choc. Il précise que leurs nombreux appels au chauffeur pour qu’il ralentisse l’autobus, ont été sans succès. « Depi Trianon li ti pe al vit, sak fwa nou ti pe dir li al dousman, me linn kontinye al vit mem », déplore un blessé. Il explique que, d’habitude, c’est un autre chauffeur qui les véhicule. « Enn sofer pli vye ki abitye vinn sers nou, zordi pas li kinn vini », ajoute ce rescapé. Un autre abonde dans le même sens et affirme que les passagers ont tous supplié le conducteur d’appliquer les freins. « Sofer la ti pe al enn vites exazere, nounn dir al dousman, linn ralanti apre linn rant dan beton », relate un autre rescapé.

Alumgheer, âgé d’une vingtaine d’années, confirme que cet autobus était bondé d’ouvriers.  « Ti ena boukou standing. Sofer ti pe roul bien vit. Lin pann ekoute kan dir li al dousman ». Il est rejoint par Shafik, un autre rescapé. Dans un créole baroque, il raconte qu’il avait pris place sur un des sièges eu milieu du bus. « À un moment donné, avant d’amorçer le virage, une voiture roulait lentement devant nous. Kan sofer inn retrograde pou ralanti, lerla linn trouve ki frin pa pe marse », raconte-t-il.

Selon le rapport des autopsies pratiquées par le Dr Gungadin, chef du département médico-legal, et le Dr Chamane, médecin légiste, la cause du décès des quatre victimes a été attribuée à un choc dû à leurs multiples blessures. 

Le conducteur et tous les autres passagers ont été blessés. Un ouvrier bangladais, Majhe Mongit, grièvement blessé, a été admis aux soins intensifs de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Il est sous assistance respiratoire. Son état de santé est jugé grave.

L’enquête de la police verra une analyse des prélèvements sanguins du conducteur. Un rapport toxicologique a aussi été commandité, par les hommes de l’Assistant Commissaire de Police (ACP) Mohunlall Madhow, responsable de la division de Port-Louis Sud. Rien ne sera laissé au hasard. 

Dans l’après-midi du jeudi 5 novembre, le véhicule a été soumis à un premier examen, avant d’être enlevé des lieux de l’accident. Des experts du ministère des Infrastructures publiques ont fait un constat de l’état de l’autobus pour déterminer s’il y aurait des défaillances mécaniques. « Cette étape vise à établir si le chauffeur serait directement impliqué et responsable de l’accident », souligne nos sources proches de l’enquête.

accident
L’ambassadrice Rezina Ahmed, en compagnie de Champa Rani en larmes.

Champa Rani, sœur de  Sonchoy Das : « Il était mon unique soutien »

Issue d’une fratrie de deux, dont une sœur, qui travaille à Maurice, Champa Rani pleure la disparition de son frère Sonchoy Das, 25 ans. Assise sur un fauteuil roulant, dans la cour de l’hôpital, Champa est inconsolable. Cette ouvrière ne peut cacher ses émotions et sa tristesse, car sa mère, qui est au Bangladesh doit surmonter cette épreuve seule. Ses deux enfants étant à Maurice pour améliorer leur quotidien. « Mon frère était mon unique soutien ici à Maurice. Que vais-je faire maintenant ? » dit Champa en pleurs.

« Il y avait 56 personnes, incluant le chauffeur dans le bus », affirme Dominique René, le HR Hyvec Partners Ltd. Même son de cloche du côté de la police, selon nos recoupements. 

Cependant, le Dr Ismet Nawoor, directeur de l’hôpital Dr A.G Jeetoo, avance, que « 64 patients ont été auscultés en relation à l’accident. Les quatre décès y compris », confirme-t-il, après l’enregistrement des noms des Bangladais.

Interrogés quelques rescapés de l’accident, disent, eux,  « qu’il y avait 73 personnes, dont 10 étaient debout ». Un autre Bangladais avance qu’il y avait « 78 personnes au total, dont 58 assises ».


La mère de Rakib Molla demande de rapatrier le corps de son fils, «peu importe l’état qu’il soit»

Juelmeer, 28 ans, un Bangladais travaillant pour la même société, est affligé par le décès de son ami Rakib Molla, âgé de 17 ans. « Nous sommes venus à Maurice il y a un an. Nous étions dans le même avion, nous avons toujours partagé la même chambre », raconte-t-il, larmes aux yeux. Il dit avoir pris contact avec la mère de Rakib Molla au Bangladesh, après avoir appris le décès de son ami. « Sa mère a demandé de rapatrier le corps de son fils, peu importe l’état dans lequel il se trouve », confie-t-il.

« Je n’étais pas à bord de l’autobus accidenté. Je devais prendre le deuxième pour me rendre sur le même chantier, à Pailles », raconte-t-il. Dix minutes avant l’accident, « lorsqu’il est monté dans l’autobus, il m’a dit que nous allions nous voir sur le chantier. Puis j’ai appris qu’il était mort ».


Le HR de Hyvec Partners Ltd privilégie la thèse d’un problème mécanique.

Dominique René, le HR de la société Hyvec Partners Ltd, raconte que l’autobus avait quitté le dortoir, à Trianon, pour se rendre sur un chantier, à Pailles, transportant les travailleurs étrangers. Selon le responsable des ressources humaines, « le véhicule était en bon état ». Néanmoins, il dit qu’il y a pu avoir un problème mécanique.  « Je laisse cette partie entre les mains des enquêteurs », dit-il, avant de souligner, « malheureusement, nous avons eu quatre morts ».


Le chauffeur hors de danger 

À jeudi soir l’état de santé de Nishal Goorapa, le chauffeur de l’autobus, était jugé stable. De sources proches, on apprend que même s’il a subi des fractures, il est hors de danger. Dans la journée, l’état de santé de quelques blessés, jugé sérieux à leur arrivée à l’hôpital, s’est amélioré. Nishal Goorapa a, pour sa part, dû subir une intervention chirurgicale.Il sera entendu par la police dès que son état de santé le permettra.Il nous revient que le chauffeur du bus a retenu les services de l’avocate Lovena Sowkhee.

Huit rescapés sont admis en salle, et un autre aux soins intensifs. Un peu plus tôt, un autre passager a subi une intervention et son état de santé était jugé stable. Ils sont environ 60 à avoir reçu des soins à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo après cet accident. 

Dr Ismet Nawoor, directeur de l’hôpital, a tenu à faire ressortir que de nombreux Bangladais et badauds s’étaient rassemblés dans la cour de l’hôpital. « Il y avait plein de monde et des blessés qui avaient déjà reçu des soins dans  la cour. Cependant, aucun patient n’a été laissé à son sort à l’arrière de l’hôpital », souligne le Dr Nawoor.


La grogne des badauds 

Deux camions de la compagnie Hyvec Partners Ltd se sont pointés sur l’aire de stationnement de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Ils étaient venus récupérer les rescapés, qui ont été autorisés à rentrer au dortoir, après les soins médicaux. Voyant la scène, plusieurs badauds ont commencé à critiquer le traitement réservé aux travailleurs étrangers. C’est alors que les deux chauffeurs ont vite fait demi-tour après avoir reçu des ordres d’un autre employé de la compagnie.

 

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