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Sanjay Jowry : le marchand de sable qui fait rêver les amateurs d’art

Sanjay Jowry, 55 ans, sculpteur et musicien, s’est pris de passion pour la sculpture sur sable il y a 12 ans. Un art qu’il a appris par lui-même avec beaucoup de difficultés à ses débuts. Mais, ayant grandi dans une famille passionnée d’art, avec un père qui dessinait sous le regard fasciné de ses enfants, le sens artistique ne pouvait qu’être inné.

Dès sa tendre enfance, il faisait déjà des brouillons sur papier. « Enfant, je me souviens dessiner dans une boutique à Montagne-Longue où il y avait un tableau. Je dessinais et les gens me regardaient faire. La passion du dessin était plus grande que l’attention que je recevais. Cela me semblait être quelque chose de naturel et non un talent extraordinaire », narre-t-il.

D’ailleurs, le dessin fut un élément déclencheur qu’il appliqua en premier sur du béton et qu’il maîtrise maintenant avec une délicatesse extraordinaire sur sable. Son chemin vers cette forme d’art a commencé un jour anodin alors qu’il était sur la plage. Alors qu’il travaillait déjà sur des sculptures en béton, il a voulu essayer avec le sable. Une tâche qui n’était point facile au début du fait qu’il n’avait aucune notion concernant le travail avec le sable. Mais il s’est vite rattrapé… après tout, c’est un artiste aux mains habiles ! Voyant le résultat d’un premier essai sculpté sur le relief, il fut fasciné par la possibilité que donnait cette matière et le sens artistique qui se développait en lui. « Pour pouvoir sculpter, il faut que le sable soit dure donc il faut compresser le sable en tapant avec les mains ou un plastege. Et à mesure que qu’on entasse, on ajoute l’eau de la mer. Au début, je pratiquais quasiment tous les jours sur des plages un peu retirées tout au coin de l’île, car je ne voulais pas qu’on voie ce que je faisais. J’étais timide », exprime-t-il.

La vie m’a bien secoué donc j’ai trouvé l’épanouissement en exprimant mes peines à travers mes œuvres»

Quelqu’un de sensible

Étant quelqu’un de sensible, Sanjay a trouvé une façon de s’exprimer librement dans cette forme d’art. « La façon dont le monde évolue avec toute cette agressivité et l’arrogance des personnalités imposantes. Cela me travaille beaucoup, car je ne m’y trouve pas, je suis quelqu’un d’introverti, j’étais persécuté à l’école. La vie m’a bien secoué donc j’ai trouvé l’épanouissement en exprimant mes peines à travers mes œuvres », partage-t-il sous le coup de l’émotion.

Petit à petit, Sanjay est devenu le marchand de sable qui ne faisait pas dormir mais rêver les amateurs d’art. À travers les photos que publiaient les nombreux touristes et passants à la plage, Sanjay s’est fait connaître et les gens en demandaient encore. « Avec la pratique, je me suis amélioré et les sculptures devenaient de plus en plus imposantes. Cela attirait beaucoup de touristes, du coup je me suis dit que cette forme d’art a un avenir prometteur, ce qui m’a poussé à continuer. J’essaye de m’améliorer de jour en jour pour ma propre satisfaction. »

Au début, je pratiquais quasiment tous les jours sur des plages un peu retirées tout au coin de l’île, car je ne voulais pas qu’on voie ce que je faisais. J’étais timide»

Aujourd’hui, le travail de Sanjay est suivi par de nombreuses personnes à travers le monde. Les amateurs d’art, tout comme des confrères pratiquant la sculpture sur sable à l’étranger, le suivent de très près et n’en ratent pas une miette. Mais sous l’admiration de ses adeptes, Sanjay a un sentiment aigre-doux. « À Maurice, il n’y a pas assez d’ouverture pour les artistes, pas de société qui nous regroupe et pas de soutien du gouvernement. Des artistes comme nous ne sont pas éternels et je n’ai pas envie qu’on se souvienne de moi juste comme le monsieur qui faisait des sculptures en sable sur la plage de Péreybère. »

L’art est toute sa vie. Il respire, mange et dort de l’art. « Quand je ne sculpte pas, je fais de la musique. Parfois, je me réveille au milieu de la nuit pensant à ma prochaine sculpture et je me hâte à la plage pour le réaliser sous les étoiles. L’art me donne de l’équilibre. C’est une sorte de méditation. » Il fait appel à la sensibilité des personnes à travers ses sculptures. Un partage libre et poussant les spectateurs à puiser dans leur propre vécu, mettre en question leur sensibilité et interpréter l’œuvre à leur façon. « Le monde est fragile, tout comme le sable. » Une métaphore qui résume le vécu de Sanjay qu’il transcende magnifiquement à travers son art.

Quand je ne sculpte pas, je fais de la musique. Parfois, je me réveille au milieu de la nuit pensant à ma prochaine sculpture et je me hâte à la plage pour le réaliser sous les étoiles»

Le respect, Sanjay l’a déjà acquis parmi ses confrères étrangers et son public. Mais, ayant réalisé un record personnel en sculptant un avion d’Emirates de 8 mètres sur sable, il vise plus loin. Son rêve ultime serait de faire une exposition en plein air de plusieurs sculptures en sable de 3 à 6 mètres. Un gros défi qu’il espère bien relever un jour.

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