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Universités gratuites - Jeremy Charoux, directeur de Curtin Mauritius : «On a besoin d’un investissement financier continu»

Universités gratuites - Jeremy Charoux, directeur de Curtin Mauritius : «On a besoin d’un investissement financier continu»

La gratuité dans toutes les universités et institutions d’enseignement supérieur continue à faire débat. Le directeur de Curtin Mauritius donne le point de vue du privé sur le sujet.

Les universités et institutions d’enseignement supérieur publiques du pays seront bientôt gratuites pour tous les Mauriciens souhaitant obtenir un diplôme universitaire de premier cycle. Quel impact cette décision aura-t-elle sur tout le secteur et sur ceux qui opèrent dans le privé ? Le Dimanche/L’Hebdo s’est tourné vers Jeremy Charoux, le responsable de l’institution privée la plus prestigieuse et populaire du pays, Curtin Mauritius, anciennement le Charles Telfair Institute. 

« Des pays comme l’Australie et l’Afrique du Sud ont exploré la possibilité de subvention complète dans le passé, mais ils n’ont jamais pu trouver une solution soutenable », explique Jeremy Charoux. Il explique   qu’il y a, dans ces deux pays, un fort élément de subvention à travers les frais réclamés aux étudiants étrangers. Or, cette voie ne semble pas être praticable pour Maurice actuellement. 

Selon les chiffres de la Tertiary Education Commission (TEC), le pays ne comptait que 2 087 étudiants étrangers. Et encore, une mince fraction de ce nombre étudie dans les institutions publiques, faisant leurs études dans des institutions privées comme Curtin Mauritius. 

« Il nous faut une masse critique », estime Jeremy Charoux. « Actuellement, nous n’avons à Maurice que 2 000 étudiants internationaux, qui payent les mêmes frais que les locaux. Le secteur public pourrait réclamer plus à ces étudiants étrangers. » Il cite  l’exemple de l’Australie, où les frais des études supérieures sont jusqu’à cinq fois plus élevés pour un étranger. Ainsi, ce sont  les étrangers qui financent les universités publiques. 

Sans cet apport financier des étudiants internationaux, il y a un risque que la qualité en prenne un coup. « Pour atteindre les standards de classe mondiale, on a besoin d’un investissement financier continu dans tous les secteurs », explique Jeremy Charoux. « Il y a le développement du curriculum, la recherche, les infrastructures pour l’enseignement et le personnel de haute facture du côté académique et administratif. »

Le responsable de Curtin Mauritius ajoute également qu’il faut investir un peu plus chaque année, la stagnation étant à proscrire. « La question est donc de savoir comment Maurice peut proposer une éducation préprofessionnelle et tertiaire à moindre coût à ses citoyens, tout en améliorant la qualité », conclut-il.

À la question de savoir où trouver l’argent, Jeremy Charoux estime qu’il n’y a que très peu de solutions possibles, en raison de la rareté d’étudiants internationaux. « C’est difficile d’imaginer une autre solution que l’argent des contribuables », explique-t-il. « Si c’est disponible, tant mieux, sinon il faudra peut-être tenter de trouver d’autres modèles. »

Parmi ces solutions, il suggère que les étudiants paient une partie des frais, avec un système de bourses pour ceux qui n’en ont pas les moyens. « En réclamant une certaine somme, cela permettrait aux universités publiques de générer des revenus et de réinjecter l’argent pour améliorer la qualité », avance Jeremy Charoux. 

Il y a encore l’option utilisée en Australie : chaque citoyen est éligible à un prêt à long terme sans intérêt du gouvernement pour financer ses études. « Il n’y aurait pas à faire de distinction entre privé et public », souligne notre interlocuteur, qui estime que ce serait une façon intelligente d’introduire une forme d’assistance pour le secteur. « Cela permettrait aussi aux universités d’avoir de l’argent pour investir, en même temps qu’un soutien du gouvernement pour continuer ses opérations », ajoute-t-il. 

Toutefois, Jeremy Charoux dit ne pas s’en faire concernant la possibilité d’une compétition accrue, du fait que d’autres institutions publiques, telles l’Université de technologie de Maurice (UTM) ou l’Open University deviennent gratuites. « À Maurice, il y a un groupe de personnes qui recherche des qualifications internationales de haute qualité et Curtin fait partie des 1 % des meilleures universités au monde », explique-t-il. « Ces gens sont prêts à payer pour cela, d’autant qu’ils savent que c’est cinq fois moins cher que d’aller étudier en Australie. » Il assure qu’il y a de la place pour les institutions tant publiques que privées.


L’enseignement supérieur gratuit en questions

Quelles formations sont concernées par la mesure ?
Dans son discours, le Premier ministre a mentionné les diplomas, les certificats et les diplômes universitaires. Les indications, à ce stade, sont que les études de deuxième (master) et troisième cycle (doctorat) ne sont pas concernées.

Qu’en est-il des cours à temps partiel ?
Ils deviendront gratuits également. 

Gratuit, est-ce que cela comprend aussi les frais administratifs ?
Personne ne sait vraiment à ce stade, du fait que les consultations avec les universités publiques n’ont démarré que ce jeudi. L’université de Maurice (UoM) est gratuite, par exemple, mais les étudiants y payent tout de même des frais dits administratifs. On ne sait pas encore si toutes les universités et institutions publiques suivront la même formule.

Les institutions qui dispensent des formations techniques et préprofessionnelles sont-elles aussi concernées ?
Elles le sont. Le Mauritius Institute of Training and Development (MITD) et Polytechnics Mauritius, les deux principales institutions de cette catégorie, ont déjà été contactées par le ministère de l’Éducation pour qu’elles lui fassent parvenir les détails sur leurs frais administratifs, les frais payés pour les cours, leur nombre d’étudiants et la liste de cours proposés.

Quelles sont les autres institutions figurant sur la liste des institutions publiques de la Tertiary Education Commission ?
Outre les quatre universités (UoM, UTM, Open University et Université des Mascareignes), il y a également le Mauritius Institute of Education, le Mahatma Gandhi Institute et son institution sœur, le Rabindranath Tagore Institute, ainsi que le Fashion and Design Institute et le Mauritius Institute of Health. Concernant ce dernier, il sert beaucoup à la formation de médecins qui, par définition, obtiennent des cours post graduate. Il n’est pas certain qu’il soit concerné par l’annonce du Premier ministre. 

J’ai plus de 30 ans et je travaille déjà. Les cours seront-ils gratuits pour moi aussi ?
Les proches collaborateurs de l’Hôtel du gouvernement affirment qu’il n’y aura pas de limite d’âge concernant  la mesure proposée. Il n’y a aucune indication qu’il y aura des limites introduites par rapport aux personnes qui travaillent déjà.

Pourrais-je obtenir un deuxième diplôme gratuitement après en avoir obtenu un premier ?
Oui, affirment de nouveau les collaborateurs du Premier ministre, avançant que l’objectif est d’arriver à une main-d’oeuvre plus qualifiée pour une économie de services. 

Ma prochaine rentrée sera pour février/mars. N’aurais-je donc rien à payer ?
Le budget pour l’année financière prend fin en juin et a déjà été voté. Officiellement, les fonds pour financer cette mesure ne sont donc pas encore disponibles. Une source au ministère des Finances assure également que le voile sur les aspects techniques du financement sera levé à la présentation du Budget en juin prochain, ce qui semble indiquer que la mesure sera en vigueur à partir de la rentrée du mois d’août.

Combien cette mesure coûtera-t-elle à l’état ?
On ne sait pas encore. Ce que l’on sait, c’est que pour l’année financière 2017-2018, les subventions de l’État aux quatre universités publiques ont coûté Rs 798,4 millions. L’UoM étant la seule institution gratuite, on peut avoir une idée des subventions obtenues par tête d’étudiant : il est de Rs 73 377. Selon les chiffres de la Tertiary Education Commission, le pays comptait un total de 17 619 étudiants mauriciens de premier cycle dans toutes les institutions publiques. Ce qui donnerait un total de Rs 1,3 milliard. La question est de savoir si les subventions seront calculées sur les mêmes bases que celles de l’UoM. 

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