Interview

Vassen Kauppaymuthoo, océanologue : «Nous connaîtrons de plus en plus d’épidémies et de vagues de chaleur»

Vassen Kauppaymuthoo

On parle souvent du réchauffement climatique. Mais qu’est-ce que ce phénomène ?
Le changement climatique est un réchauffement durable des masses océaniques et de l’atmosphère, lié à la modification de la composition de l’atmosphère, qui absorbe davantage le rayonnement infrarouge solaire. Parmi ces gaz à effets de serre, il y a le dioxyde de carbone, qui a atteint un taux sans précédent depuis les 400 000 dernières années. Il faut surtout préciser que le réchauffement climatique est directement lié aux activités humaines : utilisation de combustibles fossiles, ainsi que production de ciment et élevages intensifs.

Quelles sont les conséquences du réchauffement climatique sur notre planète ?
Ce réchauffement entraîne des modifications majeures, non seulement au niveau de la température de l’atmosphère, mais aussi à celle des océans, des phénomènes atmosphériques plus violents et d’autres catastrophes naturelles. Ce qui met en danger l’existence même de notre civilisation.

Ce phénomène global a changé le climat de façon durable. Il provoque des événements erratiques et imprévisibles extrêmes, comme les sécheresses à Cape Town, où il n’y a plus d’eau, les vagues de chaleur avec des températures extrêmes, les inondations, les pluies torrentielles, les cyclones plus violents, une accélération de la montée du niveau de la mer, qui est de 3 mm par an en moyenne. D’ailleurs, toutes les plages de Maurice, de Rodrigues et des îles dépendantes sont en train d’être érodées. Les conséquences planétaires de ces événements sont dramatiques : des îles disparaissent, des maladies se développent dans des endroits où elles n’existaient pas auparavant, des espèces terrestres et marines migrent vers les pôles pour retrouver un habitat plus favorable.

Quelles sont les réper-cussions du réchauffement climatique sur un petit pays comme Maurice ?
Maurice est un petit État insulaire qui se classe 7e mondialement par rapport à l’exposition aux risques liés aux catastrophes naturelles. Notre île, ainsi que les îles composant notre République, sont menacées par l’érosion, la mort des coraux et la dégradation de l’environnement marin.  Il y a également la contamination de l’eau souterraine par l’infiltration de l’eau salée dans la nappe phréatique, qui fournit plus de 60 % de l’eau que nous consommons. Nous connaîtrons de plus en plus d’épidémies et de vagues de chaleur, des pluies torrentielles localisées, des inondations, des orages, comme nous avons commencé à avoir un avant-goût.

Les inondations en sont-elles aussi une conséquence ?
Les dernières informations climatiques confirment que les inondations représentent un défi majeur mondial par rapport au changement climatique, et ce, à travers le monde. Le changement climatique sera là pour nous rappeler, à travers les inondations, qu’il faut payer le prix quand on dégrade notre environnement à Maurice.

Les dernières informations climatiques confirment que les inondations représentent un défi majeur mondial»

La fonte des glaciers va-t-elle effectivement rayer Maurice et d’autres îles de la carte mondiale ?
Non, fort heureusement ! Le calcul est simple : avec une hausse moyenne des océans de 3 mm par an à travers le monde, le niveau a déjà monté de 40 cm depuis le début du siècle dernier et il aura une montée d’encore 30 cm d’ici cent ans, soit de 70 cm en moyenne. Cependant, certains scénarios doivent être pris en ligne de compte. En effet, l’emballement du changement climatique prévoit une hausse de plus de 2,5 mètres d’ici 2100, ce qui menacerait directement les îles et les zones côtières. Agaléga, Saint-Brandon, Tromelin et les Chagos risquent effectivement de disparaître de la carte, réduisant notre zone économique exclusive de plus de 75 %.

Maurice est-il bien organisé pour faire face à des catastrophes naturelles (cyclones, inondations, tsunami) ?
Je pense que Maurice a un système d’alerte météorologique bien rodé pour les cyclones, avec des météorologues qualifiés et motivés. Les alertes aux tsunamis ont également bien évolué. Cependant, je déplore le manque de préparation par rapport aux tsunamis : beaucoup de personnes ont agi de façon irresponsable en prenant les dernières alertes à la légère et en ne quittant pas leurs habitations côtières. Personne ne connaît vraiment les mesures et les chemins d’évacuation à suivre en cas d’alerte.

Maintenant, en ce qui concerne les inondations, nous ne sommes pas préparés parce que nos infrastructures sont désuètes et la plupart de nos grandes villes n’ont pas de drains d’écoulement d’eau pluviale.

En tant que professionnel, quelles sont vos recommandations pour faire face à ces éventualités ?
Il faut prendre conscience du danger qui nous guette afin de réagir, au lieu de nous enfermer dans une « bulle » et d’ignorer ces menaces.

Y a-t-il une volonté politique pour gérer au mieux les situations de crises en cas de catastrophes naturelles ?
La volonté politique de faire face au changement climatique a été cristallisée par la loi qui a été votée : la National Disaster Risk Reduction and Management Act. Cependant, il ne suffit pas de voter des lois et de créer des organismes, il faut s’organiser et agir face à la situation.

Aujourd’hui, plus de dix années après le drame de Mon-Goût et cinq années après la catastrophe de Port-Louis, où sont les recommandations, la Land Drainage Unit, le National Disaster Risk Reduction and Management Centre ? Où est le radar tant promis ? Où sont les drains ? Ce manque de cohésion entre les recommandations, la volonté politique, la mise en place d’une loi-cadre et l’application de cette même loi est déplorable.

Est-il trop tard pour sauver la planète ?
Il n’est jamais trop tard et je suis certain que le regain de conscience environnementale va non seulement éveiller les esprits, mais aussi nous permettre de trouver des solutions durables pour assurer la survie de l’humanité sur la planète bleue.