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Virus : avis divergents sur le risque que la dengue ne devienne endémique

Symptômes de la dengue.

Si les cas de dengue à Maurice affichent une augmentation, avec 349 cas enregistrés depuis décembre 2023 et 173 cas actifs au 3 février, l’évaluation du risque de la maladie de devenir endémique suscite cependant des opinions divergentes. Certains craignent une situation similaire celle de l’île de La Réunion, tandis que d’autres restent optimistes quant notre capacité à maîtriser l’épidémie.

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Avec l’augmentation exponentielle du nombre de cas de dengue depuis décembre dernier, le risque que l’épidémie devienne endémique est réel, selon les Drs Shameem Jaumdally, virologue mauricien exerçant en Afrique du Sud, et Vasantrao Gujadhur, ancien directeur des services de santé. Le Dr Diana Iyaloo, responsable du Vector Biology and Control Division (VBCD), se montre cependant plus optimiste et est d’avis qu’il est trop tôt pour l’affirmer. Le ministère fait de son mieux pour prévenir cette situation et compte également sur la communauté pour faire sa part, comme elle l’a fait lors de l’épidémie de Chikungunya en 2006, dit-elle. « J’espère que la situation s’améliorera dans les mois à venir et, avec un peu de chance, d’ici le prochain hiver », fait ressortir le Dr Iyaloo, qui s’appuie sur le dernier indice Breteau de 13.6 pour étayer ses dires (voir encadré).

Risque d’endémicité

Cependant, eu égard à la situation actuelle, le risque que la dengue ne devienne endémique n’est pas totalement à écarter. « En comparaison avec les chiffres que nous avions initialement, nous notons qu’il y a une augmentation de cas de dengue année après année », explique le Dr Jaumdally. Il souligne ainsi que plus de la moitié, soit entre 60 à 70 % des personnes infectées par la dengue, restent asymptomatiques ou présentent des symptômes qui ne sont pas assez sévères pour les inciter à faire un test de dépistage.

Ainsi, sur les 349 cas avérés de dengue, il est fort probable que le nombre de cas soit bien plus élevé et n’ait pas été rapporté jusqu’ici, souligne-t-il. « Le nombre de cas confirmés n’est qu’une partie infime du nombre de cas réellement actifs que nous avons actuellement. Ce qui est dangereux, c’est que, par rapport aux personnes asymptomatiques, elles ont le virus qui circule dans leur sang, et les moustiques, vecteurs de la maladie, propagent le virus en le transmettant d’une personne à l’autre », dit-il. Ainsi, le risque que la dengue devienne endémique à Maurice est réel du fait que des cas sont notifiés presque tout au long de l’année, et la période « peak » est généralement le mois de février et mars, quand il y a beaucoup de pluie et d’accumulation d’eau, ce qui entraîne une augmentation du nombre de moustiques, ajoute le virologue.

Selon le Dr Gujadhur, cette augmentation du nombre de cas de dengue était prévisible avant la tendance qui avait commencé à se dessiner depuis le début de l’année. « Je note qu’il y a une augmentation exponentielle du nombre de cas. Ce qui peut s’avérer dangereux, c’est que la dengue n’est pas concentrée dans une seule région, mais est présente dans plusieurs localités », explique-t-il. Avec la maladie qui est présente sur une grande superficie du pays, le travail sur le terrain sera plus compliqué, comme les exercices de « fogging », « larviciding », « fever survey », inspection des maisons, et la sensibilisation et le nettoyage, fait-il remarquer.

Campagne de prévention

S’il admet qu’il existe un risque que la dengue devienne endémique, Ashwamed Dinassing, directeur des services de santé, nuance. Il est convaincu qu’il est encore possible de contenir l’épidémie. Pour cela, il fait comprendre que le ministère compte beaucoup sur la participation de la population qui peut prendre des mesures simples pour éviter la prolifération des moustiques. Parmi celles-ci, veiller à ce qu’il n’y ait pas d’accumulation d’eau dans la cour et sur le toit des maisons. « La moindre petite parcelle d’eau stagnante peut servir de gîte larvaire pour les moustiques », souligne le Dr Dinassing.

Il affirme que le ministère de la Santé dispose de suffisamment de ressources pour gérer la situation et qu’il a fait appel aux membres de la Special Mobile Force ainsi qu’à ceux de la Special Supporting Unit, et aux membres du personnel du ministère de l’Agro-industrie ainsi qu’au personnel des hôpitaux pour s’occuper du nettoyage dans toutes les régions, procéder au « fogging » et au « larviciding » là où des cas ont été enregistrés. 

Le directeur des services de santé souligne que c’est quand des cas seront enregistrés dans toutes les régions du pays et qu’il y aura une flambée endémique qu’on pourra dire que la dengue est devenue endémique à Maurice. Pour le moment, les cas sont concentrés à Port-Louis et ses alentours ainsi que dans la région nord.

Baisse de l’indice Breteau

L’indice Breteau est utilisé pour déterminer la densité des populations des moustiques vecteurs de la dengue, l’Aedes aegypti. Une baisse de l’indice Breteau a été notée au cours de la semaine écoulée, affirme le Dr Diana Iyaloo, responsable de la Vector Biology and Control Division. De 16,9 et 16,6 respectivement vers la fin du mois de janvier, le taux était de 13,6 la semaine dernière. 

Quatre sérotypes

Il existe quatre sérotypes différents de la dengue, selon le Dr Shameem Jaumdally. Une fois qu’une personne est infectée par un sérotype, elle ne peut être infectée par le même sérotype. Cependant, elle peut être infectée par un autre sérotype, et lors d’une réinfection, les symptômes sont bien plus sévères, et il y a davantage de risque de complications, dit-il.  Avec l’augmentation de la fréquence des voyages et l’arrivée de touristes des quatre coins du monde, d’autres sérotypes de la dengue peuvent être « importés ». Ce qui fait que des personnes risquent d’être infectées par d’autres sérotypes, avec les dangers que cela peut entraîner.  

Pour le Dr Jaumdally, la population doit être consciente de ces risques et se montrer plus responsable en ce qui concerne sa santé et la santé des autres en prenant les mesures nécessaires pour prévenir la prolifération des moustiques.

Syndrome de choc de la dengue

Une patiente infectée par la dengue est décédée le vendredi 2 février dernier. Infectée le 30 janvier dernier, une femme de 48 ans habitant Goodlands, est morte quelques jours après. Souffrant d’autres comorbidités, elle a sans doute été victime du syndrome de choc de la dengue, selon le Dr Ashwamed Dinassing. Ce qui aurait contribué à une détérioration de son état de santé.

Il rappelle ainsi que les personnes qui ont des antécédents médicaux doivent prendre davantage de précautions afin de se prémunir des piqûres de moustiques en utilisant des produits répulsifs et en portant des vêtements à manches longues. À noter que les moustiques sont plus actifs de 5 heures à 7 heures et entre 16 heures et 19 heures.

 

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