Billet : enjeu majeur pour les principaux candidats

Par Eshan Dinally O commentaire

Un vainqueur et 39 vaincus. C’est la certitude de l’issue de l’élection partielle dans la circonscription no 18 (Belle-Rose/Quatre-Bornes) qui a lieu ce dimanche. Cependant, une grosse incertitude entoure le favori de cette joute, car les principaux partis politiques ont privilégié « une campagne sous-marin ». À coup sûr, le résultat de cette partielle va reconfigurer le paysage politique l’année prochaine. Et il remodèlera le rapport de forces entre les partis politiques en marge des alliances et autres mésalliances pour les prochaines élections générales.

Roshi Bhadain : réussir ou périr

Commençons par celui qui a provoqué cette élection partielle. Roshi Bhadain se met en quatre. Il utilise les grands moyens pour retrouver sa place dans l’hémicycle. Sa victoire va, d’abord, lui accorder une légitimité comme un leader politique de calibre. Ensuite, elle confirmera qu’une bonne partie de l’électorat du no 18 n’est pas d’accord avec le projet Metro Express. De plus, elle contredira ceux qui croient que le démantèlement de la BAI est un boulet qu’il traîne.

Par contre, une défaite risque de lui faire subir le même sort que Rama Valayden qui était, comme lui, au-devant de la scène politique avec beaucoup de zèle. De surcroît, son parti, le Reform Party, sera considéré comme « enn ti-parti » sans importance dans le jeu des alliances. Compte tenu de son bouillant caractère, il risque de devenir le politicien à éviter dans toute nouvelle alliance.

Arvin Boolell : contrecarrer le MSM

L’enjeu est monumental pour Arvin Boolell et par extension le Parti Travailliste (PTr). Une victoire requinquera son parti qui pourra s’affirmer comme l’alternative au Mouvement socialiste militant (MSM). Elle sera une gifle à ceux qui sont persuadés que les frasques de son leader vont le plomber et pousser le PTr jusqu’au fond du gouffre politique. L’Histoire montre que le passé ne pèse pas souvent lourd dans la balance au moment du choix électoral. Sinon l’électorat n’aurait pas retourné Navin Ramgoolam au pouvoir en 2005 après l’affaire Kaya en 1999. Soit l’électorat mauricien a la mémoire très courte soit son choix varie en fonction de certains intérêts spécifiques, comme le poste de Premier ministre.

A contrario, la défaite d’Arvin Boolell compromettra sérieusement son avenir politique, celui de son leader, Navin Ramgoolam et de facto celui du PTr. Pour la bonne et simple raison, que le PTr ne parviendra pas à s’imposer comme l’alternative au MSM. Par conséquent, les autres partis fuiront le parti de Navin Ramgoolam comme la peste. Dans une telle situation, il est fort probable que l’électorat rural hésitera à s’allier au PTr. Il ne faut pas oublier que c’est cet électorat qui décide en grande partie du succès ou de la défaite d’un parti ou d’une alliance, compte tenu de la tendance de vote uniforme de la circonscription no 5 à celle du no 13.

Tout compte fait, une défaite du PTr réconfortera la position du MSM sur l’échiquier politique malgré ses casseroles et les scandales qui ont parsemé ses trois premières années au pouvoir. Pravind Jugnauth sera dans une position de force dans le prochain Musical chair dans le jeu des alliances.

Nita Juddoo : déclencher une dynamique

Une victoire au no 18 fera beaucoup de bien à un Mouvement militant mauricien (MMM) décimé depuis la défaite électorale de décembre 2014. Elle redonnera l’espoir aux militants et déclenchera une nouvelle dynamique parmi eux et surtout au niveau de la direction du parti. Plus important, Nita Juddoo musclera les biceps de Paul Bérenger en vue du bras de fer des négociations d’alliance électorale. Pour la survie de son parti, Paul Bérenger est condamné à contracter une alliance, car le choix d’aller seul aux élections générales peut avéré être une voie suicidaire pour le MMM. Cette victoire risque d’assommer le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) qui veut se substituer au MMM dans les circonscriptions urbaines et de tuer dans l’œuf l’ambition de son leader, Xavier-Luc Duval, de devenir Premier ministre.

À l’opposé, une défaite affaiblira davantage le MMM. Des militants continueront à changer d’allégeance en se disant que l’herbe est plus verte ailleurs rien que pour ne pas prolonger une traversée du désert devenue insoutenable. Paul Bérenger se présentera à la table de négociations d’alliance comme un « minor partner » avec sous la gorge le couteau de prendre la voie du garage au Réduit. La situation se corsera davantage et prendra la forme d’un cataclysme au cas où le candidat du PMSD, Dhanesh Maraye, recueille plus de votes que Nita Juddoo. Le PMSD s’autoproclamera parti le plus fort dans les villes au détriment du MMM. Un tel scénario accélérera la chute du MMM qui n’est pas encore remis de la défaite de décembre 2014.

Dhanesh Maraye : le levier de Duval

Le PMSD a mis le paquet dans cette campagne pour mettre toutes les chances du côté de Dhanesh Maraye. Sa victoire permettra à son leader, Xavier-Luc Duval, de prendre du galon. Elle agira comme catalyseur pour le PMSD en vue de conquérir toutes les villes du pays tout en évinçant le MMM. Elle augmentera le bargaining power du PMSD lors des négociations d’alliance. Sans compter que Xavier-Luc Duval peut devenir très gourmand sur le nombre d’investitures à accepter. Une victoire viendra soutenir l’ambition de Xavier-Luc Duval de devenir Premier ministre.

Une défaite de Dhanesh Maraye éclaboussera d’abord et avant tout son leader qui est député de cette circonscription depuis des lustres. Elle sera, cependant, moins amère si Dhanesh Maraye devance Nita Juddoo. Le contraire sera néfaste pour le PMSD qui restera cloué à la quatrième place dans la hiérarchie des partis. Pire, Xavier-Luc Duval sera moins à l’aise dans la peau de leader de l’opposition au Parlement face à Paul Bérenger.

Tania Diolle et Kugan Parapen

Ces deux jeunes n’ont rien à perdre. La défaite ne changera pas grand-chose pour eux  comme politiciens et pour leur parti sur l’échiquier politique. Cependant, leur victoire symbolisera le renouveau. Tania Diolle apportera de l’oxygène au Mouvement Patriotique d’Alan Ganoo qui pourra voir l’avenir sous de meilleurs auspices. Quant à Kugan Parapen, balisera la voie pour la gauche dans le mainstream.