Bureau du Premier ministre : la montée en puissance des technocrates

Par Thierry Laurent, Ronnie Antoine O commentaire
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Depuis fin 2017, le Premier ministre, Pravind Jugnauth s’est entouré d’une nouvelle équipe, constituée essentiellement de technocrates. Un signal fort que l’Hôtel du gouvernement veut lancer afin de marquer une politique de rupture.

« La perception que certains jobs au sein du gouvernement n’étaient destinés qu’aux ‘political boys’ est révolue ». C’est ce qu’affirme une source au Prime Minister’s Office (PMO) concernant le remaniement opéré parmi les proches collaborateurs du Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth. Si jusqu’ici, nous avons été habitués à voir d’anciens candidats battus à des postes clés au sein des institutions gouvernementales, on constate, depuis la fin de l’année dernière, l’émergence des cadres du secteur privé. Un conseiller qui illustre bien cette situation : Ken Arian.

Le président de l’Outsourcing and Telecommunications Association of Mauritius (Otam), employé comme Senior Advisor au PMO depuis le 7 décembre, était aussi chargé de la communication du projet Metro Express jusqu’au 31 octobre 2017. À l’Hôtel du gouvernement, on le décrit comme celui qui a été en mesure de reléguer Rudy Veeramundur au second plan.

Si au tout début du mandat de Pravind Jugnauth, Rudy Veeramundur était Senior Adviser au PMO, son portfolio a été réduit au ministère des Finances. Un scénario sur lequel peu de gens auraient parié il y a quelque temps en raison de la cote de popularité que ce dernier semblait jouir auprès du Sun Trust et du Premier ministre. Rudy Veeramundur, qui s’était personnellement impliqué lors de la campagne électorale de 2014, notamment à travers la Web TV du MSM : Vire Mam TV, a, trois ans plus tard, dû faire de la place à Ken Arian.

L’incarnation même du profil auquel veut dorénavant s’entourer le Premier ministre. Un proche collaborateur de Pravind Jugnauth explique qu’il y a une volonté d’instaurer une culture de « gouverner intelligemment ».

« Le plus gros challenge était de convaincre ces acteurs du secteur privé de s’associer à l’action gouvernementale. Il y a eu un refus dans le passé, car ce sont des professionnels qui ne voulaient pas se voir coller une étiquette politique. Mais le Premier ministre a pu les convaincre en insistant sur la compétence et sur une politique de rupture », affirme notre source.

La mise en opération de l’Economic Development Board (EDB), le 15 janvier, illustre aussi cette nouvelle tendance. Le conseil d’administration est composé de Charles Cartier (président), Azim Currimjee (vice-président) et Alexandra Henrion Caude, entre autres.

La plupart des membres du Board viennent d’entreprises du privé, notamment IBL, Eclosia et Quality Beverages Ltd, entre autres. L’article 3 (a) (ii) de l’Economic Development Board Act est on ne peut plus claire : « Every member appointed under subsection (2) shall be a fit and proper person who is not actively engaged in any political activity ».

L’EDB a parallèlement aussi vu la mise à l’écart de Gérard Sanspeur qui s’était, ces temps-ci, fait remarquer pour ses confrontations politiques, notamment avec l’ancien ministre des Services financiers et de la Bonne gouvernance, Roshi Bhadain sur le dossier Heritage City, et le député de l’opposition, Rajesh Bhagwan.

Phénomène

La montée en puissance de Renganaden Padayachy, ces derniers mois, est un autre exemple de ce phénomène de technocratisation de l’entourage de Pravind Jugnauth. Nommé First Deputy Governor à la Banque de Maurice (BoM) en décembre et nommé à la présidence du conseil d’administration de la Financial Services Commission (FSC), Renganaden Padayachy est un nom que l’on peut difficilement dissocier du secteur privé pour avoir occupé le poste de macro-économiste à la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Maurice. Son influence dans le cercle du pouvoir n’est pas des moindres.

Renganaden Padayachy est celui que l’on présente comme étant l’architecte de la Negative Income Tax. Une mesure fiscale sociale qu’affectionne particulièrement Pravind Jugnauth. La présence de Renganaden Padayachy n’est d’ailleurs pas passée inaperçue, mercredi dernier, lors de la cérémonie de pose de première pierre pour un projet résidentiel à Le Hochet.

À deux ans des prochaines législatives, Pravind Jugnauth a visiblement voulu donner une nouvelle impulsion à son équipe gouvernementale. Certains de ses proches collaborateurs utilisent la métaphore footballistique. « Nous sommes à la deuxième mi-temps d’un match de foot. Il nous faut à présent attaquer », dit-on.

Prakash Maunthrooa : « Je ne peux faire aucun commentaire sur aucun de mes collègues. Nous voulons, autant que possible, travailler en équipe. Nous nous devons de le faire. »

Rudy Veeramundar : « Je crois que chacun a sa spécificité et son cahier des charges. Chacun a son contrat, mais bien sûr, le Premier ministre a la prérogative de demander d’accomplir n’importe quelle tâche supplémentaire. Je suis là pour ‘deliver to the best of my abilities’. J’ai déjà une petite équipe avec laquelle je travaille. Il y a quand même de grands événements où tout le monde est appelé à travailler de concert. De mon côté, j’ai travaillé sur G News ou la publication du bilan du gouvernement. Je crois que nous sommes un pays en pleine mutation et qu’il faut garder le classique et l’innovation. Ken (Arian) est sans doute plus dans le contact avec les gens et c’est en plus le président de l’Otam. Donc, il apporte sa touche au niveau de la technologie. De toute façon, je crois qu’il était nécessaire d’agrandir l’équipe. Il y a un travail énorme à faire au ‘back office’. En tant que conseiller aux Finances, j’écris beaucoup de discours, je fais beaucoup de recherches. Personne ne peut avoir la prétention de tout faire. L’équipe s’agrandit pour le bon déroulement des choses. »

Deepak Balgobin : « Quand Pravind (Jugnauth) est devenu Premier ministre, il a dit qu’il avait trois ans devant lui et il a dit à plusieurs reprises qu’il n’y aurait pas d’élections générales avant. Il est très intéressant qu’il s’entoure de gens qui puissent l’aider, à la fois des anciens et des nouveaux. Chacun y apporte sa contribution à sa façon. Avec de jeunes professionnels, il y a une vision différente, mais il bénéficie aussi de l’expérience de sir Bhinod Bacha. Il a une équipe homogène. Sa communication s’est améliorée ‘big time’ et on l’a vu sur le terrain durant le cyclone. Il participe aussi à un maximum de fonctions. Je crois que l’équipe qui l’entoure l’aide à mieux faire. Il a des personnes qui pensent différemment. Je ne crois pas non plus qu’il puisse y avoir des tensions entre les uns et les autres, Pravind Jugnauth est à l’écoute de tout le monde. »