Dérives écologiques

Par Diplal Maroam O commentaire

Du point de vue purement théorique, la ratification de l’accord de Paris, le COP21, par les deux plus grands pollueurs de la planète, les États-Unis et la Chine, responsables de plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre, constitue un pas dans la bonne direction.

Cependant, les dirigeants du G20, représentant 85 % du produit intérieur brut mondial, réunis en Chine, au début de septembre, évoquent, comme un de leurs projets prioritaires, la relance de l’économie. Mais ils ne font pas la moindre allusion à la contribution de l’énergie propre dans la réalisation de ce projet.

La pertinence de la ratification du COP21 tombe donc à l’eau. D’ailleurs, de nombreux observateurs sont d’avis que le niveau actuel d’émissions du CO2 dans l’atmosphère rend quasiment intenable l’engagement pris par la communauté internationale à Paris de contenir le réchauffement du globe à +2ºC. Le thermomètre mondial pourrait même grimper de +4ºC au cours de ce siècle, si des mesures drastiques et urgentes ne sont pas prises au niveau global.

Or, de nombreux États émergents comme l’Inde et la Russie se montrent réticents à ratifier l’accord de Paris. D’ailleurs, sur les 90 objectifs adoptés par la communauté internationale dans le domaine du développement durable depuis 1992 à Rio, aujourd’hui seuls quatre affichent des progrès notables.

Devant cette dérive écologique, donc, il est temps de changer notre approche et de regarder la réalité en face. Une économie reposant essentiellement sur la production, la consommation et la croissance à tout prix, n’est absolument pas compatible avec les principes de base du développement durable.

La concentration du CO2 dans l’atmosphère a déjà dépassé le seuil symbolique de 400 ppm par rapport à 280 ppm au début de la révolution industrielle. Et selon une récente étude de la Banque mondiale, pour inverser cette tendance infernale, le monde doit laisser dans les entrailles de la Terre 40 % des réserves pétrolières, 50 % des réserves de gaz et 80 % de charbon, ce jusqu’en 2050.

Or, aujourd’hui, même après la conclusion de l’accord de Paris, les grands pollueurs refusent toujours de consentir à des concessions significatives au risque de compromettre leur développement économique.

Les dirigeants politiques se succèdent, alors que la Terre demeure. Barack Obama, d’ailleurs, a assisté à son dernier sommet du G20 et rien n’indique que ses engagements en faveur de l’environnement seront suivis par son successeur. Certes, Hillary Clinton a été secrétaire d’État dans son gouvernement et pourrait, par conséquent, assurer le prolongement de sa politique générale.

Cependant, empêtrée dans le scandale des courriels et affaiblie dans l’opinion par son état de santé, elle ne peut que constater ces jours-ci l’effondrement de son avance qu’elle possédait dans les sondages sur le candidat républicain, Donald Trump. Ce dernier, d’ores et déjà, a averti qu’il reverrait toute la politique environnementale – mais pas seulement – des États-Unis, comprenant l’accord de Paris, s’il accède à la Maison-Blanche en janvier prochain.

Même au sein de l’UE, qui doit impérativement ratifier le COP21 pour que la barre de 55 % des émissions du CO2 soit atteinte, en vue de son entrée en vigueur, des changements au niveau de la direction de certains pays pourraient mettre en péril l’existence de l’union après le Brexit.

En effet, tous les sondages indiquent que le mandat de François Hollande ne serait pas renouvelé et Marine Le Pen, la favorite des sondages, a déjà signifié son intention d’emboîter le pas aux Britanniques si elle est portée aux affaires en 2017.

Quant à la Chancelière allemande, actuellement confrontée à la montée en puissance de l’extrémisme dans son pays, dans le sillage de sa politique en faveur des migrants, elle a subi une cuisante défaite lors d’un scrutin régional. Il s’était tenu dans son fief électoral en ex-RDA le 3 septembre 2016 et n’est pas certaine de pouvoir obtenir un 4e mandat l’an prochain.
Ainsi, vu les intérêts divergents existant au niveau des différents États, seule une gouvernance mondiale stable, digne de ce nom, pourrait apporter des solutions globales aux problèmes urgents touchant la planète et l’humanité.

Avec le départ de Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations unies, à la fin de cette année, il est temps de songer à une restructuration de fond en comble de cette organisation, perçue avec raison comme un bouledogue sans dents, afin de lui donner ses lettres de noblesse.