La Catalogne et l’Espagne ont besoin d’un médiateur

Par Roomesh Seebaluck O commentaire

L’Espagne refait face à une crise institutionnelle vieille de plus de trois siècles. La Catalogne a accentué sa lutte pour l’indépendance à travers l’organisation d’un référendum qui a tourné au pugilat après que les autorités espagnoles aient essayé de bloquer le vote illégal. Bien qu’involontaire, la réponse du gouvernement central espagnol illustre parfaitement l’attitude à ne pas adopter face à une telle crise. 

Le Contexte 

Des décennies de luttes politiques et légales afin d’obtenir la reconnaissance de l’identité culturelle catalane ont conduit beaucoup jusqu’à l’exaspération mais cette situation trouve ses origines depuis la création du pays. Le mariage de Fernando d’Aragon à Isabelle de Castille en 1469 a rapproché deux royaumes qui forment l’Espagne moderne. Après la mort de Charles II d’Espagne, le dernier des Habsbourgs, les familles richissimes de Barcelone était contre un règne des français. L’arrivée au pouvoir de Philippe V signera le début des hostilités entre catalans et espagnols. Lors de la Révolution asturienne en 1934, la Catalogne déclara unilatéralement son indépendance mais cela durera une journée avant que les forces espagnoles bombarda les bureaux régionaux du gouvernement. Franco bannit le catalan après la guerre civile en 1939 et ce n’est qu’après la mort du dictateur que la région regagna une certaine autonomie, notamment en matière de politiques de santé publique, éducation et reconnaissance de la langue.

Une loi en 2006 octroya plus de pouvoirs à la région, qualifiant la région du nord-est de « nation » distincte. En 2010, après qu’une décision de justice annula plusieurs parties de cette loi, beaucoup de catalans se demandèrent si leur avenir ne se trouvait pas en dehors de l’Espagne. Le 10 juillet 2010, 1 million de catalans manifestèrent à Barcelone sous le slogan : « Nous sommes une nation. Nous décidons ! ». Le mouvement était soutenu par des nationalistes écossais  et enhardi d’autres mouvements séparatistes en Flandre et Venice – des petits groupes qui souhaitent, à leur tour, s’éloigner des états européens formés au 18ème et 19ème siècle.

L’Argument

La lutte autour de la Catalogne représente l’effondrement du pacte politique qui a permis, jusqu’à présent, à l’Espagne moderne de rester uni. Les deux parties revendiquent leurs histoires : les nationalistes espagnoles arguent que la Catalogne a toujours était partie intégrante de l’Espagne tandis que les catalans retracent leur identité indépendante au 15e siècle. La constitution de 1978 ne permet pas à une région voter unilatéralement son indépendance – soit l’Espagne vote sur le sort de la catalogne, soit rien. La réponse autoritaire du gouvernement face à ce sujet a, non pas affaibli mais, donné plus de pouvoir aux séparatistes et contribué à cette violence regrettable. 

Sans un changement de cap qui permettra aux parties prenantes de s’engager dans un dialogue constructif sans une liste de pré-conditions, l’Europe qui reste actuellement à l’écart, trouvera - et devra trouver - la situation intenable. Cette impasse mérite une médiation externe soit par l’Europe ou un effort international.

Tout comme Westminster l’a fait avec l’Ecosse, avec du recul, l’approche raisonnable pour Madrid, aurait été de prendre la voie de la probité et essayer de trouver un arrangement avec la Catalogne avant le référendum. Or le gouvernement espagnol avait clairement signalé son désaveu de trouver un compromis politique – une possibilité qui, à l’époque, était largement préconisé par la majorité des catalans. Madrid a fait des pieds et des mains pour réprimer le référendum et compliquer les suites. La situation, qui a depuis escaladé, est désormais fragile et préoccupante.

Avec 90 pourcent des votants du référendum pour une séparation et Madrid qui refuse de discuter sans une liste acceptable de pré-conditions, Charles Puigdemont a l’excuse parfaite pour continuer une marche unilatérale vers l’indépendance. Les fonctionnaires de l’Union Européenne et les politiques des tous les pays suivent la situation avec une préoccupation croissante tout en mettant l’emphase sur la souveraineté de la constitution espagnole. Les répercussions d’une mauvaise gestion de la situation sont imprévisibles et peuvent aller d’une énième distraction politique au sein d’une Europe qui repousse sans cesse les réformes, à une montée des mouvements séparatistes ailleurs sur vieux continent. En restant à l’écart, l’Europe a involontairement amplifié la bévue de Madrid.

Ceci peut être vu, en théorie des jeux, comme une la mauvaise gestion d’une situation incohérente – un « jeu coopératif » qui est joué de manière non coopératif. Actuellement, aucune des parties ne peut reculer ou avancer de manière ordonné et durable. Pourtant, le statu quo est insoutenable.

Au lieu de continuer avec le dialogue de sourd, les parties prenantes doivent s’engager dans des négociations constructives. Plus long sera le délai pour un processus de coopération, plus élevé sera le risque de dégâts supplémentaires alors même que les menaces de violences sont déjà trop élevés pour les ignorer.