Sharvan Boyjoonauth : de la chanson carnatique aux sonorités ‘fusion’

Par Pradeep Daby O commentaire
Sharvan Boyjoonauth

L’année 2017 aura été une période-charnière pour Sharvan Boyjoonauth, le chanteur mauricien de tradition carnatique. Il revient de La Réunion où il a apporté sa pierre à l’édifice revendicateur de la culture hindoue. Il était aussi à Rodrigues à l’occasion du Doorga Pooja. Le 18 novembre, il se produira à l’Alliance Française, à Bell-Village, lors d’un concert fusion avec des musiciens mauriciens initiés aux musiques africaines et aborigènes.

Les dates se bousculent dans l’agenda de Sharvan Boyjoonauth. Cette semaine, le manager du violoniste indien, Lakshminarayana Subramaniam, est venu le rejoindre pour quelques prestations. Un concours qu’il doit à ses études à Chennai où il a noué de solides amitiés avec quelques grands noms de la musique carnatique. « Ce qui est formidable avec les chanteurs classiques et les musiciens indiens, c’est qu’ils sont toujours à la recherche d’expériences nouvelles en dehors de leur pays sans trop se soucier du grand luxe. Ils sont humbles, mais très rigoureux sur le plan musical », explique le Mauricien formé à la chanson carnatique à Chennai et honoré du titre de Vidwan.

Un des atouts de Sharvan Boyjoonauth, c’est sa versatilité en langues. Cela lui permet d’alterner l’hindoustani, le tamoul et le télégou. C’est sa formation à la tradition carnatique, propre au Sud de l’Inde, qui lui a valu d’être invité à La Réunion. À St-Paul et à St-Denis, le 27 août dernier, il a joué pour ses élèves au nombre de 12. « J’ai connu certains d’entre eux lors d’un concert à St-Denis en 2015 et les autres se sont inscrits par skype. » À l’île sœur, le jeune chanteur est invité par des familles ou des associations religieuses. « Les Réunionnais hindous sont tellement attachés à leur culture ancestrale qu’ils ne regardent pas à la dépense, lorsqu’ils m’invitent et de mon côté, je sens une telle ferveur chez eux que je donne le meilleur de moi durant les récitals. »

Lorsqu’il chante dans un temple à La Réunion, il fait appel à ses connaissances acquises en Inde pour être en phase avec le rituel. « Il y a un chant pour chaque divinité », précise-t-il, « et le prêtre y veille scrupuleusement. » Dans une salle ou une résidence familiale et même si le récital est libre, Sharvan Boyjoonauth doit aussi obéir aux règles de la tradition carnatique avec un accent sur le raga dont il existe différentes écoles. « Le raga s’attache fondamentalement à reproduire les émotions essentielles comme l’amour, la passion, la sympathie... Les invités font des requêtes et ensuite, je prépare le répertoire. »

Contrastées sans être dénaturées

Les tournées à La Réunion sont souvent organisées par plusieurs familles qui contribuent financièrement pour la prise en charge des artistes. Certains viennent de l’Inde à la demande de Sharvan Boyjoonauth qui fait aussi appel à Sivaramen Marday, un Mauricien spécialiste du ghatam. « Ce sont des musiciens que j’ai connus durant mes études », explique-t-il. « Comme moi, ils n’ont pas besoin de répétitions avant les récitals. Quand je suis à La Réunion, c’est une vraie fierté et un honneur en tant que Mauricien. Là-bas, il n’y a pas d’artiste de haut niveau formé à la musique carnatique et c’est un challenge où la barre est très haute. »

Pour Sharvan Boyjoonauth, il est très important de multiplier les rencontres avec des musiciens issus des registres différents, sa spécialité elle-même se prêtant à des expériences les plus contrastées sans jamais se dénaturer. C’est ainsi qu’il a participé à un concert « fusion», en 2016, devant une salle comble au Business Parks Of Mauritius Ltd (BPML). « Il y avait, entre autres, Belingo Faro au piano et Jean-Noël Ladouce au saxo, tous deux issus du jazz. C’était une expérience très riche, mais il faut beaucoup de préparation pour structurer ces influences. »

La même expérience se poursuit, cette fois, avec le ségatier Menwar et Kan Chan Chi, un musicien qui s’essaye aux instruments aborigènes. Elle s’achève le 18 novembre prochain à Bell-Village où Salem Nefer, le fils de Ras Natty, rejoindra le trio. Salem Nefer n’en est pas à sa première jamming avec Sharvan Boyjoonauth, qu’il a rencontré pour une session de musique fusion avec trois musiciens sud-africains à Flic-en-Flac en août 2017. « À l’Alliance française, je serai au chant carnatique, Salem jouera des instruments du Sénégal, Kan sera aux instruments aborigènes, sans oublier Sivaramen Marday et Yashven Ramen. D’ici-là, on aura beaucoup de répétitions pour un récital inédit à Maurice. Cela donnera une idée de la volonté créative des musiciens de différentes sensibilités », se réjouit déjà Sharvan Boyjoonauth.