Les larmes des chômeurs

À peine une année de règne, le gouvernement montre déjà des signes de perte d’autorité et un mépris des règles du jeu.
Economie

Baromètre économique de PluriConseil: une mauvaise année pour l’économie mauricienne

Secouée par la chute du groupe BAI, l’économie locale a pâti d’une politique économique sens dessus-dessous et du manque de dynamisme du secteur privé.

1  La politique a pris le dessus sur l’économie

Pour vous, 2015 a été pour l’économie mauricienne une année... Après une année marquée par les élections générales de décembre 2014, on avait cru que l’économie allait reprendre ses droits. Mais tel ne fut pas le cas durant 2015, la politique ayant continué à prédominer sur l’économie sur fond de scandales qui ont eu des effets négatifs. Ainsi, pour quatre analystes sur cinq, cette année aura été mauvaise pour l’île Maurice sur le plan économique : faible croissance et chômage toujours élevé. Un économiste déplore que « there have been many statements but little action, hence a feeling that the government has oversold and undeperformed ». Quelques motifs de satisfaction sont le bas taux d’inflation et les bonnes performances du tourisme et des services financiers.  

2 Grosse inquiétude sur la croissance

L’indicateur économique qui a suscité le plus d’inquiétudes chez vous pendant l’année 2015 est....

La croissance: 50% Le chômage: 23% La dette publique: 23% Le déficit commercial: 3%

Selon la Banque de Maurice, la croissance économique pourrait finalement être de 3,4 % en 2015, soit un taux inférieur à celui de 2014 (3,5 %). De fait, cet indicateur crée plus d’inquiétudes que le chômage ou la dette publique chez 50 % de nos spécialistes. Cependant, estime un économiste, « although remaining below-par compared to objectives set, real GDP growth for 2015 can be perceived as being circumstantially resilient ». Il reste à voir et à évaluer la mise en œuvre et l’impact des orientations économiques. Et il faut espérer que les projets annoncés par les autorités en 2015 aideront à rehausser la performance économique du pays dans les années à venir.  

3 Impact non négligeable de l’affaire BAI

Selon vous, l’écroulement du conglomérat BAI a eu sur l’économie mauricienne un impact...

Considérable: 33% Assez Grand: 50% Petit / Négligeable: 17%

Pour 83 % des analystes, la chute du groupe BAI, dont les actifs constituaient 6 % du PIB, n’est pas sans conséquence sur l’économie locale. Elle a créé des « job uncertainties and pressures on asset quality of specific banks », causant ainsi un ralentissement de la consommation domestique et du crédit bancaire. Elle a fait accroître l’endettement de l’État avec les garanties données par ce dernier, réduisant donc la marge de manœuvre du gouvernement de relancer l’investissement public. Surtout, « the handling of the BAI affair has caused a lot of harm to the country », si bien que « foreigners may now be more cautious before investing in Mauritius ». Le côté positif, c’est cette « awareness of board, regulatory and audit failures » qui est désormais cruciale.  

4 L’avenir du textile est ailleurs

La performance du secteur textile en 2015 est...

Mieux que prévu: 10% Moins bien que prévu: 50% Comme attendu: 40%

Statistics Mauritius estime que l’industrie textile connaîtra une croissance réelle de 0,5 % cette année. Un résultat attendu par deux sondés sur cinq, puisque Ciel Textile et la CMT préfèrent investir en Inde, au Bangladesh ou à Madagascar, alors que Star Knitwear lutte pour sa survie. Mais pour un analyste sur deux, cette performance est moins bien que prévu, car « with massive depreciation of the rupee, this sector should have done a lot better ». Dès lors, affirme un économiste, « the textile industry needs to move up the value chain, but we continue to focus on medium value product, which is making us uncompetitive ».  

5 Le ministre des Finances peu convaincant

Êtes-vous satisfait de la politique économique menée par le ministre des Finances durant l’année 2015 ? La grosse majorité des analystes (87 %) sont insatisfaits de la politique du ministre des Finances jusqu’ici. Certains se demandent s’il existe bien une politique. D’autres déplorent une « stop-go policymaking », une politique qui fait du surplace. Elle manque de cohérence, de visibilité et d’inspiration. Le Grand argentier devrait recruter plus de compétences pour le conseiller. Le changement de nombreuses décisions a joué contre lui. Malgré toutes ses bonnes intentions, observe un économiste, « the business community and the population at large remain attentive to concrete economic results which are yet to materialise ».  

6 Réajustement cohérent de la politique monétaire

Comment avez-vous vu la politique monétaire menée en 2015 ? Deux tiers des personnes interrogées trouvent cohérente la politique monétaire du gouverneur de la Banque centrale. Comme l’explique un économiste, « beyond maintaining an accommodative monetary stance as gauged by the recent cut in the benchmark interest rate amidst the low inflation environment, the Bank of Mauritius has implemented corrective actions to tackle the excess liquidity situation in the banking system, and paved the way for reducing the disconnect between monetary policy and market interest rates ». Toutefois, « le chemin pour réformer le fonctionnement du marché monétaire est encore très long ». D’ailleurs, on ne comprend pas la hausse des rendements des bons du Trésor concomitante avec la baisse du taux repo. Dépréciation de la roupie et faible taux d’intérêt « will work as long as the petrol price remains low ».  

7 Le secteur privé ne fonce pas

Comment avez-vous trouvé le secteur privé en 2015 ? La très grande majorité des répondants (93 %) trouvent que le secteur privé mauricien s’est montré tiède et passif cette année. Cet attentisme s’explique par le fait que « private operators across sectors are, to some extent, awaiting to take the full measure of the specificities, implications and implementation agenda of the policy measures before executing major business and investment decisions. At the same time, the uncertain economic context prevailing in our key export markets tends to delay investment decisions ». Reste que la politique gouvernementale par rapport aux étrangers n’est pas claire, et la demande locale tourne au ralenti. Aussi, « the private sector is short of ideas », et il est composé de « risk free investors », toujours en attente d’incitations fiscales.  

8 Compensation salariale peu commune

Comment qualifiez-vous la compensation salariale proposée par le gouvernement ?

Injustifiée dans le contexte économique: 40% Justifiée et adéquate: 37% Justifiée et inadéquate: 23%

Deux sondés sur cinq estiment injustifiée une compensation salariale dans le contexte économique actuel. Le taux d’inflation officiel est plutôt bas (1,3 % sur un an), et les prix du carburant ont été abaissés. Une hausse générale des salaires « may potentially result in less job creation ». Il ne sert à rien d’établir un critère (pas de compensation si l’inflation est en dessous de 5 %) s’il n’est pas appliqué. Il est plus approprié de cibler les bas salaires (moins de dix mille roupies par mois), vu qu’une compensation sera toujours inadéquate pour cette catégorie. Reste que « le système des tripartites doit être réformé d’urgence » de façon à « lier toute augmentation salariale à la production et à la performance ».
 
Enquête réalisée par PluriConseil du 7 au 9 décembre 2015 auprès d’un échantillon représentatif de 30 analystes économiques et financiers.