Interview

Clency Harmon : «Nous avons été bernés»

Clency Harmon

Clency Harmon entame en ce jeudi 2 octobre son 6e jour de grève de la faim sur le parvis de l’église de l’Immaculée Conception. Le porte-parole de l’association Justice, Réparation et Restitution réclame toujours l’institution d’un Land Tribunal.  Selon lui, ses revendications et l’approche des élections générales ne sont aucunement liées. 

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Deuxième grève de la faim en cinq mois. Pourquoi ?
J’entame cette deuxième grève de la faim, car je ne suis guère satisfait de la façon dont les choses se sont déroulées la dernière fois. On n’a eu que du bluff et des mensonges. On nous avait promis l’institution d’un Land Tribunal mais, cinq mois après, il se fait toujours attendre. Aussi, le gouvernement nous avait donné la garantie que la Courts Act allait être amendée. Qu’on nous présente au moins l’ébauche ! Mais je suis sûr que rien de tout cela n’existe.  Nous avons été bernés. 

Y-a-t-il eu des rencontres entre l’association et le gouvernement depuis?
Du tout ! Après que les négociations n’eussent pas abouti en avril dernier, c’est silence radio. Toutes les portes sont fermées et il n’y a pas eu de contact non plus.

Le Premier ministre avait tout de même annoncé la création d’une Land Research and Monitoring Unit. Une enveloppe de Rs 50 millions est même prévue pour les victimes de dépossession de terre. Il y a quand même de l’espoir…
D’abord, laissez-moi préciser que la globalité de cette somme aurait dû au départ servir uniquement aux besoins des victimes de dépossession de terre. Cela dans le cadre des recherches concernant les terres spoilées ou autres travaux liés. Néanmoins, on a appris que la Land Research and Monitoring Unit va puiser de ce fonds pour assurer le paiement des honoraires des avoués, des arpenteurs et d’autres employés. C’est injuste. Que restera-t-il pour les victimes ? Rs 50 M n’est pas une si grande somme, sachant qu’il va y avoir autant de dépenses. Il est malheureux qu’il en soit ainsi, car il était formel que ce fonds soit strictement réservé aux victimes. 

Certaines personnes n’hésitent pas à dire que vous essayez de  mettre la pression sur le gouvernement ?
Non, nou pa pe mett couto amba lagorz gouvernman ! Ce n’est d’ailleurs pas mon intention de faire du chantage au gouvernement. Mais il était temps d’agir à nouveau, surtout après toutes les simagrées que nous avons vues à l’Assemblée nationale dernièrement. 

Récemment, vous évoquiez une « opacité » dans la gestion de ce dossier par le gouvernement. Qu’est-ce qui vous pousse à dire cela ?
Tout simplement parce que rien n’a été fait dans la transparence. Il n’y a jamais eu de partage d’idées, ni de rencontres. La preuve : nous avons à maintes reprises demandé à avoir une copie de l’ébauche contenant les amendements qui seront apportés à la Courts Act en vue de mettre sur pied un tribunal foncier. En vain! Nous réclamons une Land Court, car nous avons constaté qu’en Cour suprême, les cas de dépossession de terre sont souvent jugés au détriment des victimes. 

Les négociations avec le gouvernement n’avaient pas abouti en avril. Quelle garantie avez-vous qu’elles le seront avant la dissolution du Parlement ?
Depuis que j’ai entamé la grève de la faim, j’ai entendu plusieurs rumeurs sur la dissolution du Parlement. Si tel est vraiment le cas, nous n’aurons d’autre choix que de lev paké alé. Le gouvernement intérimaire ne pourra rien faire pour nous, mais il devra porter le blâme. Et que le gouvernement ne vienne pas à la hâte avec une Land Court juste avant les élections pour montrer au public qu’il a tenu parole. 

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans ce combat ?
Je ne bougerai point aussi longtemps que le Parlement n’est pas dissous et que le regroupement ainsi que mes conseillers légaux soient satisfaits de ce que le gouvernement va nous proposer. 

Cela au péril de votre vie ?
Malheureusement à Maurice, nous n’avons pas le choix. Nous ne savons plus à quelle porte frapper. La grève de la faim, bien que suicidaire, est notre seul recours.

 

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