Interview

Ganessen Chinnapen, économiste en développement : «Il faut des emplois à valeur ajoutée»

Ganessen Chinnapen

Les réunions prébudgétaires 2018/19 se succèdent. Les grandes lignes directrices devraient prendre forme. Il faut tenir compte de la politique dans l’équation. Le prix des carburants carburent à travers des taxes, affirme Ganessen Chinnapen.

Le ministère des Finances entame la ligne droite dans la préparation du Budget. À 18 mois de la fin de son mandat, pourquoi devrait-on ne pas s’attendre à un budget populaire ?
Analysons les fondamentaux économiques. Il existe plusieurs goulots d’étranglement à Maurice qui requièrent l’intervention de l’État si l’on souhaite relancer une croissance appréciable pour le pays. Il devra aussi s’assurer que cette croissance ait lieu dans un cadre de discipline fiscale. Le principal défi pour le ministre des Finances sera de trouver le juste équilibre entre dépenses budgétaires et déficit budgétaire et rabaisser le niveau d’endettement sous les 60%.

Pravind Jugnauth devra choisir entre un budget ayant des motivations politiques pour booster sa popularité ou présenter un budget de rupture, reflétant les réalités économiques, intégrant des réformes structurelles, une discipline fiscale et des stimulateurs de croissance. Si nous le prenons au mot dans sa quête visant à façonner une île Maurice nouvelle, moderne et inclusive, il lui faudra mettre en place des réformes structurelles dans les utilités publiques, les pensions, le cadre fiscal et la promotion de l’investissement.
Nous en saurons davantage le jour du Budget si la logique et la transformation économique l’emportent sur l’agenda et les bénéfices politiques.

Les grands projets sont en cours de réalisation, quelles devraient être les trois priorités?
Il faudrait d’abord favoriser une croissance durable et soutenue avec un investissement à valeur ajoutée pour créer de l’emploi haut de gamme.  On pourrait gérer le problème des diplômés chômeurs. La deuxième priorité viserait la transformation de Maurice en une économie intelligente, de hautes technologies et la numérisation des activités économiques et des affaires. La dernière priorité : promouvoir le développement d’une société équitable, soucieuse du bien-être de tous et protégeant la viabilité fiscale de l’État qui doit s’assurer que les projets infrastructurels soient complétés dans les délais et le budget impartis.

Peut-on s’attendre à des mesures pour relancer l’agriculture et l’industrie sucrière?
Des mesures innovantes sont nécessaires pour transformer notre agriculture en un hub de biotechnologie agricole. Elle représente toujours 3,5% de notre Produit intérieur brut et emploie 45000 personnes. La sécurité alimentaire est un phénomène international, il est essentiel que le budget 2018/2019 donne l’impulsion aux agriculteurs, petits et grands, pour qu’ils étendent leurs activités. Le gouvernement pourrait subventionner l’agri-culture organique et bio à travers des prêts sans intérêt de la Development Bank of Mauritius.

La dette publique est supérieure à 60% du PIB. Avec des dépenses infrastructurelles, quelle marge de manœuvre le PM dispose-t-il pour la ramener à de justes proportions?
Il faut déterminer une marge budgétaire pour assurer le développement des infrastructures en cours, tout en ramenant la dette publique en-dessous de 60% du PIB. Le ministre des Finances doit consolider la discipline budgétaire, augmenter l'investissement public dans les infrastructures et améliorer la qualité de vie des citoyens. Il ne peut répondre en une fois à ces trois défis. S’il favorise les deux premiers, une hausse des impôts indirects est inévitable, ce qui affectera le dernier objectif. S’il accroît les investissements publics et veut promouvoir la qualité de vie des citoyens, il compromettra davantage l’économie et l’entraînera vers un cercle vicieux d'endettement.

Le MPC se réunit ce 30 mai. Avec la montée de l’inflation, une hausse est-elle en vue?
Dans une perspective théorique, on comprend que le taux directeur sera revu à  la hausse, vu les pressions inflationnistes découlant de la majoration des prix des produits pétroliers. L’inflation est à 3,8%, un taux peu élevé et un régime de ciblage de l'inflation à 5% sont souhaitables. Le Monetary Policy Committee (MPC) peut préserver le statu-quo et ne pas se précipiter à relever le taux directeur.

Le dollar américain est en hausse. Le prix du pétrole aussi. Pouvons-nous en minimiser l’impact sur l’économie?
Les analyses au niveau des marchés internationaux des commodités indiquent qu’il y a toujours un rapport inverse entre le prix du dollar et celui des carburants. Depuis février, nous constatons une relation directe couplée avec le prix de l’or. La flambée des prix est inévitable. Il revient au gouvernement de décider de l’orientation politique pour assurer une stabilité des prix des carburants.

Il peut établir un prix plafond et neutraliser les fluctuations à travers les fonds consolidés. J’encourage le ministre des Finances à créer un ‘Mauritian Wellbeing Fund’ qui sera utilisé pour assurer la stabilité des prix des commodités aux cours très fluctuants.

Le pays a-t-il su profiter d’une baisse des prix du pétrole ces dernières années?
Pas autant que cela, car les prix des carburants ont été en chute libre en 2014 et en 2015. À plusieurs reprises, le MPC a maintenu le statu-quo. En outre, le prix à la pompe n’a jamais reflété le mécanisme de tarification précis et équitable adopté à Maurice. Il y a  trop de taxes sur les prix des carburants à tant d’autres fonds : Maurice Ile Durable, Build Mauritius Fund, RDA, Environmental Levy.

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