Interview

Robert Pallamy: «Faire de la CHCL une référence en productivité et en profitabilité»

Robert Pallamy, président de la Cargo Handling Corporation
Le président de la Cargo Handling Corporation ambitionne de faire de Port-Louis le centre de transbordement par excellence de la région. La CHC investira Rs 1,4 milliard pour se donner les moyens de réaliser cet objectif. Deux employés, dont un syndicaliste, suspendus en ce début d’année. Est-ce un bon signal ? De mon point de vue, on a bien terminé 2015. Surtout le 31 décembre quand nous avons répondu aux attentes des lignes maritimes. Nous avions des engagements formels pour compléter le débarquement des navires dans le port. On a rempli notre contrat. J’en remercie et félicite les travailleurs. Ils ont compris les enjeux.
N’était-ce pas une coopération sous contrainte ? La Cargo Handling Corporation (CHCL) travaille avec d’importantes lignes maritimes. Sans elles, il n’y a pas de business, donc pas d’emploi. Il est crucial pour nos partenaires que les marchandises soient débarquées dans les meilleurs délais. Il faut comprendre que les coûts encourus sont énormes. Il est de notre devoir de respecter les délais. Le moindre retard a des répercussions graves sur le planning. Nous avons des responsabilités vis-à-vis du pays.
[blockquote]« Nous sommes un service essentiel tout comme l’aéroport où les employés ont travaillé normalement, sans grogne, ni protestation »[/blockquote]
Il n’en demeure pas moins vrai que deux employés ont été suspendus... Certains sont allés à l’encontre des instructions claires par la direction. Le directeur Gassen Dorsamy et moi  étions sur les quais pour superviser les opérations. Nous avons témoigné de ce fait. Nous avons été obligés de prendre des mesures disciplinaires. Nous avons agi dans la légalité. Une enquête est en cours qui établira la culpabilité ou non de ceux concernés. Il semblerait que, traditionnellement, les travailleurs finissent tôt les 24 et 31 décembre... Quand il n’y a pas de navire à débarquer ! Nous avons un ‘Concession Agreement’ avec la Mauritius Ports Authority (MPA), qui autorise quatre jours de fermeture. Or, les 24 et 31 décembre ne tombent pas sous cet accord. Nous avions des obligations envers nos clients. Le syndicat le sait, car trois représentants syndicaux siègent au conseil d’administration. La direction avait informé chaque travailleur de la nécessité de travailler les 24 et 31 décembre. Nul ne peut plaider l’ignorance. On a confondu privilège et acquis. Les travailleurs ont été mal conseillés. Si le port n’avait pas fonctionné ces deux jours, les répercussions auraient été très graves, avec huit navires boqués en rade. On a pourtant parlé d’un accord ? Il n’y a aucun accord. Le syndicat le sait. Nous sommes un service essentiel tout comme l’aéroport où les employés ont travaillé normalement, sans grogne, ni protestation. Pourquoi serait-ce différent au port ? Est-ce de bon augure de se mettre à dos le syndicat ? Ce qui est de bon augure, c’est que la majorité des travailleurs a répondu à l’appel les 24 et 31 décembre. Il n’y a jamais eu rupture de dialogue avec les salariés. La CHCL veut réduire le temps de manutention des conteneurs pour être plus compétitive dans la région. Où en est-elle ? Nous y travaillons d’arrache-pied. Début décembre, nous avions une moyenne de 24,7 mouvements par heure, alors que la norme est de 20. Cela indique que la CHCL peut relever ce défi. Avec des équipements et la volonté des employés, nous atteindrons notre objectif: être la meilleure dans la région. Je reste optimiste. Quid de la logistique requise ? Nous investissons massivement, notamment dans un système informatique très performant, et la formation. La CHCL réunit toutes les conditions pour augmenter la productivité et positionner notre port comme un hub dans la région et en faire le port préféré pour le transbordement. Avez-vous les compétences nécessaires... ? Ce qui importe, c’est de soutenir les initiatives pour nous assurer de meilleurs résultats. Nous mettrons toutes les chances de notre coté. Nous avons lancé un appel à candidatures international pour recruter un Chief Operations Officer (COO). Sa tâche sera de revoir l’organisation du travail pour améliorer la productivité de manière constante. Nous voulons être le numéro 1 dans la région . Avec l’aide de Dubaï Ports World ? Ce dossier n’est pas de notre ressort et n’est pas discuté à notre niveau. Vous avez quand même votre mot à dire ? C’est un dossier qui est discuté de gouvernement à gouvernement. Pour le moment, nous contrôlons nos investis-sements, augmentons la productivité, recrutons un COO. Bref, on s’attelle à rendre la CHCL la plus efficace possible.

Un professionnel à la barre

Robert Pallamy (44 ans) détient un BSC Economics de la London School of Economics and Political Science. Ancien haut cadre du secteur privé, il était directeur de la Tourism Authority en 2008. Il a été le CEO du National CSR Committee et vice-président du National Productivity and Competitiveness Council.

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Quelles leçons avez-vous tiré du scandale du vol de poisson dans le port en 2014 ? Je n’étais pas à Maurice à cette époque.  Cela s’est passé pendant la période de transition quand nous sommes passés de sécurité interne à contrat. Il y a eu un flottement dans la sécurité. Aucun employé de la CHCL, jusqu’à preuve du contraire, n’a été  impliqué dans ce vol. Les coupables externes à notre organisation. La CHCL a pris les mesures qui s’imposaient. Depuis, aucun autre cas n’a été signalé. On investit aussi dans l’installation de caméras de surveillance. On ne baisse pas notre garde.
Il paraît que la CHCL paie « grassement » ses travailleurs. Vivez-vous en quelque sorte au-dessus de vos moyens ? C’est vrai, nos employés sont bien payés.  Mais ils travaillent aussi très dur. Ils ont négocié des conditions de travail et des compensations en fonction de leur emploi. Nous avons hérité de cette situation. La masse salariale représente 62 % de notre chiffre d’affaires, alors que la norme internationale est de 40 à  45 %. Nous payons grassement certes, mais nous nous attendons aussi à une productivité accrue. On réclame beaucoup d’efforts pour justifier des salaires élevés. Notre objectif à terme, c’est de réduire cette masse salariale. Comment ? En procédant à un dégraissage ou à une baisse de salaires ? Ni l’un ni l’autre. Au contraire, nous sommes en négociations pour une hausse des salaires. Nous avons un plan à long terme. Qu’en est-il de ce projet ? Nous allons investir Rs 1,4 milliard pour l’achat de nouveaux portiques et autres équipements pour attirer plus de business. Mon objectif : faire de Port-Louis le centre de transbordement par excellence de la région, où le trafic de conteneurs passerait de 500 000 à 800 000 par an. Je souhaite que la CHCL devienne une référence en matière de productivité, de profitabilité et de service. Ajoutée à cela, une utilisation plus judicieuse de nos ressources humaines.
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